Du « travail à la con » au « brown out »

Lorsque j’ai suivi le déploiement de solutions métiers dans les organisations, je me suis aperçue de la souffrance des salariés. Beaucoup à l’occasion de ce déploiement craignaient pour leur emploi s’ils ne s’habituaient pas au nouveau logiciel, d’autres mettaient en doute la connaissance qu’ils avaient de leur métier, certains craignaient le flicage, certains ne comprenaient simplement pas l’orientation donné à leur organisation par la direction… J’ai décidé de me former à l’accompagnement systémique au changement puis au coaching pour accompagner ces projets. Cependant j’étais dorénavant indépendante pour pouvoir intégrer cette dimension de mon accompagnement (mon employeur de l’époque n’y voyait pas d’intérêt). A ce titre, en France (et peut-être ailleurs), il y a des intermédiaires entre les organisations et les consultants. Ces intermédiaires regroupent l’équipe qui suivra le déploiement. On nous sélectionne pour notre parcours et nos compétences mais ensuite, pendant la prestation, on est devant le client du client de l’intermédiaire (notre client à nous). Inutile de dire que nos actions lors du déploiement nous sont dictées sans que nous puissions faire preuve de réflexions, de créativité… d’efficience.

C’est comme cela que je me suis aperçu que j’avais perdu le sens de mon travail et que ce que je faisais n’était aucunement utile et n’avait aucun impact parfois… Bref la batterie que me servait de propulsion était débranchée et un beau matin j’allais rester sur ma chaise sans avoir l’envie d’y bouger, sachant les actions à mener pour trouver des missions mais ne les faisant nullement, restant chez moi, me dé-sociabilisant… bref faisant un Brown out.

« Avant la crise covid-19, 13% des personnes interrogées avaient le sentiment d’occuper un emploi inutile, après la crise, elles étaient 29% à le penser (enquête Randstad, mai 2020) »
Extrait de l’article Comment la crise a-t-elle ravivé la quête de sens au travail ? de Dalale Belhout dans Digital recruiters, publié le 28 décembre 2020.

Le choc de cette crise aura au moins eu pour certains l’effet d’un électrochoc leur permettant de prendre du recul. Sans la couche de sociabilisation que représente le travail, en expérimentant le télétravail, en gérant en même temps les enfants, cela a fait ressortir l’absurdité de certaines tâches ou processus.

Dans l’article ENTRETIEN – David Graeber : le revenu universel, remède aux jobs à la con ?de Philippe Vion-Dury dans SOCIALTER, publié le 11 octobre 2018, deux solutions sont possibles au travail à la con : augmenter le salaire des métiers utiles et le salaire universel

Pour la première solution envisagée, je me demande comment appliquer en vérité cette solution. Qui peut juger de l’utilité d’un job, de sa pertinence ? Avec quels critères ? Pour quels avantages ?

Exemple les aides à domiciles qui sont payées au SMIC. Je pense que l’utilité de ce métier n’est plus à prouvé. Et cette utilité est dans l’aide apportée aux gestes de tous les jours. Le point de salaire n’ayant pas été revalorisé depuis des années, quand elles ont des augmentations de salaire grâce à leur ancienneté, celui-ci étant toujours inférieur au SMIC, elles continuent de gagner le SMIC ! Voila un travail riche en valeurs humaines complètement dévalorisé et non reconnu à ce jour.

Je crois plus en la seconde solution envisagée personnellement. Cela donne, il me semble, la possibilité à chacun de s’investir dans une mission qui fasse sens et permet d’expérimenter plusieurs tâches/secteurs d’activité/responsabilités/mode de travail… Il permettrait de connaître à travers divers expérience ce pour quoi on est bon et de savoir ce que l’on peut apporter dans une équipe qui se monte avec un objectif et un défi à atteindre.

Autrement dit tout individu avant de s’engager pour un travail devrait pouvoir appréhender le but de sa mission, quels sont les valeurs servies par ce travail, quelles sont les compétences dans lesquelles il excelle qu’il va mettre en œuvre…

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